

Conférence plongée
Conférence de Gaëlle Giesen, astrophysicienne au CNES et recordwoman du monde de plongée technique, autour des liens entre exploration spatiale, plongée profonde, gestion du risque et dépassement de soi.
Conférence de Gaëlle Giesen, plongeuse recordwoman du monde et astrophysicienne au CNES
Comment transposer la rigueur scientifique spatiale à la conquête des fonds océaniques ?
Il y a des soirées qui marquent la vie d'un plongeur. Celle organisée, ce vendredi 12 juin, par le CPR et l'ASSE en partenariat avec le comité FSGT 13 et avec le soutien financier de la Ligue Sud FSGT.
Gaëlle Giesen, astrophysicienne, ingénieure au CNES (Centre National d’Etudes Spatiales), membre de l'équipe de France de parachutisme et recordwoman du monde de plongée technique féminine, est venue vulgariser les sciences spatiales devant les amoureux de la mer de notre belle région.
De la curiosité à l'exploration extrême
Gaëlle Giesen découvre la plongée technique et le parachutisme à 19 ans, animée par une fascination pour les environnements que peu d'humains fréquentent. Deux disciplines et une même logique, celle de repousser les limites grâce à la technologie et à la méthode.
En parachutisme, elle intègre l'équipe de France de vol relatif en 2018. Trois fois vice-championne du monde, puis une longue pause. Elle revient en 2025 et remporte la Coupe du monde dès le mois d'août.
Sa carrière scientifique suit le même rythme d'intensité.
Au CNES (Centre National d’Etudes Spatiales) à Toulouse depuis 2017, elle travaille sur deux missions spatiales majeures : Dragonfly (NASA), un drone qui doit s'envoler vers Titan en 2028, et Ariel (ESA), consacré à l'étude des atmosphères d'exoplanètes. La semaine, elle cherche d'autres mondes, le week-end, elle descend explorer ceux qui existent déjà sous nos pieds.
Record du monde de plongée technique féminine
En octobre 2024, Gaëlle Giesen descend à 222 mètres en Méditerranée et bat le record du monde féminin de plongée en pleine mer. Une plongée technique avec recycleur (un appareil qui recycle l'air expiré) dans des conditions qui ne pardonnent aucune improvisation. Quelques mois plus tard, le 18 août, elle entre dans la grotte noyée de Port-Miou, aux calanques de Cassis. Six heures de plongée au total, moins d'une heure pour descendre à 230 mètres et plus de cinq heures pour remonter, paliers de décompression oblige. Dans l'obscurité totale, sans courant, sans horizon, juste la roche et l'eau. Première femme à atteindre ce fond, là où seuls des hommes étaient passés avant elle. Elle cumule aujourd'hui une dizaine de plongées au-delà des 200 mètres.
"Je me suis préparée à ne pas revenir"
C'est la phrase qui a marqué la salle. Avant cette plongée à 230 mètres, Gaëlle Giesen a rédigé un testament. Elle a parlé à ses proches, elle s'est préparée, concrètement, à l'idée de ne pas remonter.
"On banalise les risques du quotidien, prendre la voiture, traverser une rue. Mais quand on s'assoit vraiment pour préparer le fait de ne pas revenir, là on réalise quelque chose."
Cette démarche a tout changé, pas de panique dans les profondeurs, pas de doute au moment critique, parce que la question avait déjà été réglée avant. La descente elle-même n'était plus un fardeau mental. Elle avait libéré l'espace pour être pleinement l à, à 230 mètres sous terre.
Elle a aussi mis des mots sur quelque chose qu'on n'enseigne pas souvent en France : apprendre à préparer l'échec. Pas comme une capitulation mais comme une étape à part entière, qui conditionne la réussite. En effet, la conquête de l'espace se base sur les probabilités d'échec et sa gestion.
Et puis il y a cette phrase, dite simplement, qui résume peut-être tout : "Sans sponsors et sans budget, j'ai eu la chance d'être entourée de passionnés bénévoles qui m'ont soutenue et accompagnée dans ce défi."
Une façon de rappeler que derrière les records, il y a des anonymes, des bénévoles, des passionnés
Ce qui ressort de cette conférence, c’est l’unité d’un parcours où science, profondeur et chute libre se complètent. La visualisation travaillée avec l'équipe de France de parachutisme, elle la réutilise dans les profondeurs. La préparation à l'imprévu cultivée sous l'eau, elle la retrouve dans les airs. Gaëlle Giesen n'est pas venue vendre un rêve. Elle est venue raconter une méthode, une façon d'envisager le risque, l'échec, et finalement la vie.
Plus d'informations : Lounis Mebarek CPR-FSGT 13





















